Ces toiles tentent de trouver le point d’équilibre entre la toile et le papier. La peinture et le gribouillage.

Car, c’est mon problème, la peinture m’est venue avec des impératifs. Peindre me complexe.

Je pense à toutes celles et ceux qui ont bien peint avant moi et à tous les textes… > lire la suite
…qu’on a écrit pour dire qu’en plus de bien peindre, leur pratique artistique était pertinente, intelligente, bien située dans l’ordre sociaux-historique des choses.
Je pense aussi à tous ceux·elles qui peignent bien actuellement et à tous les catalogues d’expositions bien rédigés qui montrent comment leur peinture est également puissante et contemporaine.
Et puis, je pense aussi à la peinture, à la toile, au châssis, à l’accord des pigments, des liants, la justesse du dessin.
J’ai sur mon épaule gauche un maître du quattrocento, sur mon épaule droite un historien de l’art né en l’an 2150 et entre les deux beaucoup de problèmes.
Ceci dit, je suis un gribouilleur compulsif, le papier ne complexe pas. La page est un espace intime, où tout est permis : penser des idées incertaines, convoiter mille projets, écrire ce qu’on ne dirait pas, dessiner ce qu’on ne montrerait pas.
Le problème du gribouillage, c’est qu’on ne fait pas œuvre de mille commencements. Mon carnet se ferme et je le glisse dans ma poche, la page se froisse et se jette. Contrairement à la peinture que je sens publique, dense et cohésive, le gribouillage est privé, léger et dispersif.
Mais j’en suis certain, les gribouillages ne sont pas dépourvus d’intérêt, il est des débuts qui racontent la fin. Certaines intimités doivent trouver écho, quelques esquisses méritent d’être vues.
Alors comment leur donner corps ?
Comment tromper la peinture pour qu’elle accepte l’inachevé, l’incertitude, l’intime ?
Ce que le dispositif page en trompe-l’oeil m’offre est une sécurité : les pages aussi bien peintes que possible rassurent mes exigences techniques tout en garantissant pouvoir profiter de l’espace de liberté du papier. Le vrai et le faux en se mélangeant permettent l’arbitrage entre intime et public. La peinture fixe et densifie ce qui me semblait trop inconstant et léger.





